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Seuil de rentabilité et point mort : combien de couverts pour ne plus perdre d'argent

Par l'Agence AutoResto9 min de lecture

Le seuil de rentabilité d'un restaurant est le chiffre d'affaires précis à partir duquel vous cessez de perdre de l'argent et commencez à dégager du bénéfice. Pour le calculer, vous divisez vos charges fixes mensuelles par votre taux de marge sur coûts variables. En clair : un restaurant du bassin lémanique avec 28 000 CHF de charges fixes et 70 % de marge sur coûts variables atteint son point mort à 40 000 CHF de chiffre d'affaires mensuel, soit environ 32 couverts par jour à 65 CHF de ticket moyen. Voici la méthode complète, chiffres à l'appui.

Qu'est-ce que le seuil de rentabilité (ou point mort) d'un restaurant ?

Le seuil de rentabilité, aussi appelé point mort ou break-even, correspond au niveau de chiffre d'affaires où votre résultat est exactement nul : ni perte, ni profit. En dessous, chaque jour vous coûte de l'argent. Au-dessus, chaque couvert supplémentaire alimente votre bénéfice.

Deux notions se cachent souvent derrière le même mot. Le seuil de rentabilité s'exprime en francs de chiffre d'affaires. Le point mort désigne plus précisément le moment (la date ou le nombre de couverts) où ce seuil est atteint. Dans la pratique, les restaurateurs de Genève, Lausanne ou Nyon utilisent les deux termes de façon interchangeable, ce que nous ferons aussi ici.

Connaître ce chiffre change tout. Sans lui, vous pilotez à l'aveugle. Avec lui, vous savez chaque matin combien de couverts vous devez servir avant de travailler pour vous, et non plus pour vos fournisseurs et votre régie.

Quels chiffres faut-il réunir avant de calculer ?

Le calcul repose sur trois ingrédients que vous trouvez dans votre comptabilité. Si vous n'avez pas encore l'habitude de lire ces données, notre guide pour lire un compte de résultat de restaurant pose les bases.

1. Les charges fixes mensuelles

Ce sont les coûts que vous payez quel que soit le nombre de clients : loyer et charges du bail, salaires de l'équipe permanente et charges sociales, assurances, leasing du matériel, abonnements logiciels, amortissements. Pour un restaurant indépendant de taille moyenne sur l'arc lémanique, on observe fréquemment entre 20 000 et 40 000 CHF par mois. Le loyer et les charges du bail commercial pèsent souvent le plus lourd, suivis du coût du personnel.

2. Le taux de coûts variables

Les coûts variables augmentent avec l'activité : principalement les matières premières (food cost et boissons), mais aussi une partie de la main d'oeuvre extra et certaines commissions. Le poste central reste le food cost dans le prix de vos plats. Si vos matières premières représentent 30 % de votre chiffre d'affaires, votre taux de coûts variables est de 30 %.

3. Le ticket moyen et le nombre de couverts

Le ticket moyen est le montant dépensé en moyenne par client. Vous l'obtenez en divisant votre chiffre d'affaires par le nombre de couverts servis. À Lausanne ou Genève, un bistrot de quartier tourne souvent autour de 45 à 70 CHF par couvert, un établissement plus gastronomique nettement au-dessus.

Comment calculer le seuil de rentabilité, étape par étape ?

La formule de base est simple :

  • Taux de marge sur coûts variables = 1 moins le taux de coûts variables.
  • Seuil de rentabilité (en CHF de CA) = charges fixes mensuelles divisées par le taux de marge sur coûts variables.

Prenons un exemple concret, celui d'un restaurant fictif à Morges, le « Quai 7 ».

  • Charges fixes mensuelles : 28 000 CHF.
  • Coûts variables (matières premières et boissons) : 30 % du chiffre d'affaires.
  • Taux de marge sur coûts variables : 1 moins 0,30 = 0,70, soit 70 %.

Seuil de rentabilité mensuel = 28 000 / 0,70 = 40 000 CHF. Tant que le Quai 7 facture moins de 40 000 CHF par mois, il perd de l'argent. Au-delà, chaque tranche de 100 CHF facturée dégage 70 CHF de contribution au bénéfice.

Combien de couverts par jour pour atteindre le point mort ?

Le chiffre en francs reste abstrait derrière le passe. Traduisons-le en couverts, l'unité que votre équipe comprend au quotidien.

  • Seuil mensuel en couverts = seuil en CHF divisé par le ticket moyen.
  • Seuil quotidien en couverts = seuil mensuel en couverts divisé par le nombre de jours d'ouverture.

Reprenons le Quai 7, avec un ticket moyen de 65 CHF et 26 jours d'ouverture par mois :

  • Couverts nécessaires par mois : 40 000 / 65 = 615 couverts.
  • Couverts nécessaires par jour : 615 / 26 = environ 24 couverts.

Concrètement, tant que le Quai 7 n'a pas servi son 24e couvert de la journée, il travaille à perte. Le 25e couvert est le premier qui le rend bénéficiaire. Cette image, partagée avec la salle, transforme la perception de l'équipe : un service à 18 couverts n'est pas « calme », c'est un service déficitaire.

Notez l'effet de levier du ticket moyen. Si le Quai 7 fait passer son ticket moyen de 65 à 72 CHF grâce à une carte des desserts mieux pensée et à la vente additionnelle en salle, le seuil quotidien tombe à environ 21 couverts. Sept francs de plus par client, et vous gagnez trois couverts de marge chaque jour.

Comment abaisser son seuil de rentabilité ?

Une fois votre point mort connu, trois leviers permettent de le faire baisser, donc de devenir bénéficiaire plus tôt dans le mois.

Réduire les charges fixes

Renégocier le bail, optimiser les plannings pour coller à l'affluence réelle, mutualiser certains abonnements. Attention : tailler dans les salaires fragilise le service et la rétention. Travaillez plutôt l'organisation, comme expliqué dans nos repères sur le prime cost (matières plus personnel).

Réduire les coûts variables

Chaque point de food cost gagné augmente directement votre marge sur coûts variables. Fiches techniques précises, contrôle des portions, lutte contre le gaspillage : ce sont les fondamentaux d'une bonne marge brute de restaurant.

Augmenter le ticket moyen

Sans servir plus de clients, vous pouvez encaisser davantage par couvert. L'ingénierie de menu (mise en avant des plats à forte marge) et un positionnement prix cohérent avec votre marché, sujet abordé dans le positionnement prix face à la concurrence lémanique, font partie des leviers les plus rapides à activer.

Quelles erreurs éviter dans ce calcul ?

Le seuil de rentabilité est un outil de pilotage, pas une science exacte. Quelques pièges fréquents :

  • Oublier la TVA. Raisonnez toujours en chiffre d'affaires hors taxe. La TVA dans la restauration suisse (8,1 % sur place en 2026, à confirmer auprès de l'AFC) n'est pas votre argent.
  • Confondre charges fixes et variables. Une erreur de classement fausse tout le calcul. En cas de doute, listez chaque poste et demandez-vous : ce coût bouge-t-il si je sers 10 couverts de plus ?
  • Ignorer la saisonnalité. Sur le Léman, l'été des terrasses et l'hiver des fondues n'ont pas le même volume. Calculez un seuil annuel moyen, mais surveillez aussi votre trésorerie en fonction des variations saisonnières.
  • S'arrêter au point mort. Atteindre le seuil, c'est ne rien perdre. Pour vous rémunérer correctement, vous devez viser au-dessus, comme le rappelle notre analyse de la rentabilité d'un restaurant en Suisse.

Par où commencer cette semaine ?

L'action la plus utile dès cette semaine tient en trois étapes. D'abord, listez vos charges fixes mensuelles réelles (loyer, salaires permanents, assurances, abonnements). Ensuite, calculez votre taux de coûts variables à partir de votre food cost et de vos boissons. Enfin, posez la division : charges fixes divisées par votre taux de marge sur coûts variables, puis traduisez le résultat en couverts par jour grâce à votre ticket moyen. Affichez ce nombre de couverts près du passe : c'est votre boussole quotidienne. Intégrez-le ensuite à votre checklist financière mensuelle pour le suivre dans le temps.

Mettre ces chiffres à plat demande parfois un regard extérieur, surtout quand le service ne laisse pas une minute. L'Agence AutoResto accompagne les restaurateurs du bassin lémanique, de Genève à Montreux, pour transformer ces calculs de gestion en décisions concrètes, sans jargon et avec les réalités du terrain romand en tête.

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Questions fréquentes

Quelle est la formule du seuil de rentabilité d'un restaurant ?

Le seuil de rentabilité se calcule en divisant les charges fixes mensuelles par le taux de marge sur coûts variables (1 moins le taux de coûts variables). Par exemple, 28 000 CHF de charges fixes divisés par 0,70 de marge donnent un seuil de 40 000 CHF de chiffre d'affaires mensuel. En dessous de ce montant, le restaurant perd de l'argent, au-dessus il devient bénéficiaire.

Comment convertir mon seuil de rentabilité en nombre de couverts par jour ?

Divisez votre seuil de rentabilité mensuel en francs par votre ticket moyen pour obtenir le nombre de couverts mensuels nécessaires, puis divisez ce résultat par votre nombre de jours d'ouverture. Avec un seuil de 40 000 CHF, un ticket moyen de 65 CHF et 26 jours d'ouverture, il faut servir environ 24 couverts par jour pour atteindre le point mort.

Faut-il inclure la TVA dans le calcul du point mort ?

Non. Le seuil de rentabilité se calcule toujours en chiffre d'affaires hors taxe, car la TVA encaissée n'appartient pas au restaurant et doit être reversée à l'Administration fédérale des contributions. En 2026, le taux sur la restauration sur place est de 8,1 %, mais vérifiez toujours le taux applicable à votre situation auprès de l'AFC.