Droit à l'image des clients et photos en restaurant : cadre légal suisse
Vous capturez l'ambiance d'un vendredi soir comble sur votre terrasse de Nyon, vous postez la photo sur Instagram, et le lendemain un client vous écrit : « Je n'ai jamais autorisé ça. » En Suisse, le droit à l'image fait partie de la protection de la personnalité, et publier une photo où une personne est reconnaissable sans son accord peut constituer une atteinte. Voici, concrètement, ce que vous avez le droit de faire dans votre restaurant du bassin lémanique, et comment communiquer en restant du bon côté de la loi.
Ce que dit le droit suisse sur l'image d'une personne
Il n'existe pas en Suisse de « loi sur le droit à l'image » isolée. La protection découle de l'article 28 du Code civil (protection de la personnalité) et, dès qu'il y a traitement de données, de la Loi fédérale sur la protection des données (LPD), révisée et entrée en vigueur en septembre 2023. L'autorité de référence est le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT).
Le principe est simple à retenir : une photo sur laquelle une personne est reconnaissable est une donnée personnelle. La publier, la stocker ou la diffuser est un traitement de données qui doit reposer sur un motif justificatif, le plus solide étant le consentement de la personne. Le mot clé est « reconnaissable » : un visage net, une silhouette caractéristique, un contexte qui identifie la personne (un habitué connu, un uniforme professionnel) entrent dans le champ.
- Personne reconnaissable et au premier plan : consentement nécessaire avant publication.
- Foule ou ambiance générale où personne n'est isolé : risque faible, mais la prudence reste de mise.
- Photo de vos plats, de votre salle vide, de votre équipe consentante : aucun souci côté clientèle.
Foule, ambiance ou portrait : la nuance qui change tout
La distinction la plus utile au quotidien oppose la scène d'ensemble au portrait individualisé. Une photo d'ambiance d'une brasserie pleine à Lausanne un samedi soir, où aucune personne n'est mise en avant, est généralement tolérée : les clients sont des éléments accessoires du décor, pas le sujet. À l'inverse, le couple cadré seul à sa table pour un dîner en amoureux, l'enfant qui souffle ses bougies, l'habitué pris en gros plan : ce sont des sujets identifiables, et là il faut un accord.
Attention toutefois : même dans une scène d'ensemble, dès qu'un visage devient le point focal de l'image (cadrage, netteté, légende qui pointe quelqu'un), vous basculez dans le portrait. Le critère n'est pas le nombre de personnes, mais la mise en valeur individuelle.
Obtenir un consentement valable, sans casser l'ambiance
Un bon consentement est libre, éclairé et spécifique. La personne doit comprendre quelle photo, pour quel usage (vos réseaux, votre site, une publicité Meta) et savoir qu'elle peut refuser sans conséquence. Voici des manières concrètes de l'obtenir sans alourdir le service.
- L'accord oral documenté : pour une photo prise sur le vif et publiée ensuite, demandez simplement « Je peux la partager sur notre page ? » et notez l'accord. Suffisant pour un usage courant sur les réseaux.
- La signalétique à l'entrée : pour les soirées à thème ou événements, un panneau visible indiquant que des photos seront prises et publiées informe la clientèle. C'est utile, mais cela ne remplace pas un consentement individuel pour un portrait isolé.
- Le formulaire pour les contenus à fort usage : dès que vous produisez des témoignages clients en vidéo ou que vous utilisez l'image dans une campagne payante, un accord écrit court est recommandé. Précisez la durée, les supports et le droit de retrait.
Pour les mineurs, l'accord des parents ou du représentant légal est requis. Soyez particulièrement prudent avec les photos d'enfants, fréquentes lors des brunchs du dimanche ou des anniversaires en famille au bord du lac.
Les photos prises par vos clients eux-mêmes
Une grande partie de votre visibilité vient des images que vos clients publient spontanément. Lorsqu'ils vous taguent, vous récupérez du contenu généré par les utilisateurs précieux. Mais repartager ce contenu n'est pas automatiquement permis.
- Repartage en story : reposter une story où un client vous identifie est en général attendu et toléré, car c'est l'usage de la plateforme.
- Republier la photo d'un tiers sur votre fil permanent : demandez l'accord de l'auteur (droit d'auteur sur la photo) et vérifiez qu'aucune personne reconnaissable n'apparaît sans accord.
- Réutiliser une image client en publicité : consentement écrit indispensable, car l'usage commercial dépasse le cadre du simple partage.
Cadrer cette pratique vous protège tout en valorisant vos clients ambassadeurs. Si vous structurez une vraie démarche de collaboration avec les créateurs et clients, posez les règles d'usage des images dès le départ.
Conserver, sécuriser et savoir gérer un retrait
La LPD vous impose aussi de traiter ces images avec proportionnalité et sécurité. Ne conservez pas indéfiniment une banque de photos de clients « au cas où », limitez l'accès aux comptes qui publient, et tenez à jour vos pratiques dans votre démarche globale de conformité et protection des données clients. Si une partie de votre clientèle est européenne, le RGPD peut aussi s'appliquer à vos traitements.
Point essentiel : le consentement est révocable à tout moment. Si un client vous demande de retirer une photo, faites-le rapidement et sans discuter, même si l'accord avait été donné. Un retrait géré avec courtoisie évite l'escalade et protège votre réputation. La manière de répondre compte autant que la suppression elle-même, dans la même logique que lorsque vous gérez les commentaires sur vos réseaux sociaux.
Cas pratiques fréquents au bord du Léman
- Terrasse bondée à Vevey en été : photo d'ambiance d'ensemble, aucun visage mis en avant, usage généralement acceptable. Un panneau d'information à l'entrée renforce votre position.
- Soirée fondue à Montreux avec un groupe : demandez l'accord du groupe avant de poster, c'est rapide et apprécié.
- Influenceur invité pour une dégustation à Genève : cadrez l'usage des images par écrit dans votre accord de collaboration, des deux côtés.
- Personnel en cuisine : même vos employés ont un droit à l'image. Prévoyez une clause ou un accord, distinct du contrat de travail.
Votre action de la semaine
Cette semaine, faites le tri : passez en revue vos publications des trois derniers mois et repérez les images où un client est reconnaissable et isolé sans accord clair. Mettez en place une signalétique discrète à l'entrée, créez un mini-formulaire de consentement pour vos contenus à fort usage, et briefez l'équipe sur la simple phrase « Je peux la partager ? ». Vous sécurisez ainsi votre communication sans rien perdre de sa spontanéité, et vous pouvez continuer à soigner une décoration instagrammable qui donne envie de partager.
Si vous voulez mettre tout cela noir sur blanc, modèles de consentement, signalétique et règles d'usage pour vos réseaux, l'Agence AutoResto accompagne les restaurateurs du bassin lémanique pour communiquer fort tout en restant conformes. On en parle volontiers, entre pros, à hello@agence-autoresto.ch.
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Être recontactéQuestions fréquentes
Puis-je publier une photo de ma salle pleine sans demander l'accord de chaque client ?
Si la photo montre une ambiance d'ensemble où personne n'est isolé ou mis en valeur, le risque est faible et l'usage est généralement toléré. En revanche, dès qu'un visage devient le sujet de l'image par son cadrage ou sa netteté, il faut un accord. En cas de doute, privilégiez une vue large et une signalétique d'information à l'entrée.
Un client m'autorise une photo puis change d'avis : suis-je obligé de la retirer ?
Oui. Le consentement est révocable à tout moment selon le droit suisse. Si un client demande le retrait d'une image où il est reconnaissable, supprimez-la rapidement et sans contestation, même si l'accord initial était écrit. Une réponse courtoise protège votre réputation bien plus qu'un débat.
Ai-je le droit de reposter la photo qu'un client a prise dans mon restaurant ?
Pas automatiquement. La photo appartient à son auteur, vous devez donc son accord pour la republier sur votre fil permanent. Vérifiez aussi qu'aucune autre personne reconnaissable n'apparaît sans consentement. Le repartage en story reste plus souple, car c'est l'usage attendu de la plateforme.